← Le blogAu bureau

Fatigue du télétravail : alléger vos journées de visio

23 octobre 2026 · 6 min de lecture·La rédaction Oriavel

La fatigue du télétravail surprend souvent les personnes sensibles : pas de trajet, pas d'open space, et pourtant une journée de visios vide autant qu'une journée au bureau. Un chercheur de Stanford propose des explications, encore à tester. L'INRS donne des repères concrets. Des réglages simples suivent, pour vos visios et la fin de journée.

Il est 17 h 40. Karim referme son ordinateur sur la table de la cuisine. Six visios aujourd'hui, dont deux collées. Il n'a pas pris le métro. Il n'a croisé personne à la machine à café. Il est pourtant plus vidé qu'après une journée sur le plateau, et il ne comprend pas bien pourquoi.

Ce que la visio demande à votre cerveau

En 2021, Jeremy Bailenson, professeur à Stanford, a publié un article sur ce qu'on appelle en anglais la « Zoom fatigue ». Il avance quatre explications.

  1. Des visages proches et grands, qui vous regardent de face pendant des heures. Dans la vie, on ne se tient aussi près de quelqu'un que dans un ascenseur.
  2. Votre propre image, affichée toute la journée. Il compare cela à un miroir qui vous suivrait partout.
  3. Un effort de plus pour envoyer et recevoir les signaux non verbaux : un hochement de tête exagéré, un regard vers la caméra, un silence qu'on ne sait pas lire.
  4. Le corps immobile, coincé dans le cadre de la caméra.

L'auteur le dit lui-même : ses arguments sont presque tous des hypothèses, pas encore testées directement. Son article ne parle pas non plus des personnes hypersensibles. Une étude de Washington State University d'octobre 2026, menée dans la rue et pas au travail, suggère que les signaux sociaux comptent davantage pour elles. Une journée de visios est faite presque uniquement de visages. C'est une piste, à vérifier sur vous.

Quatre réglages pour vos visios

Dans sa conclusion, Jeremy Bailenson propose des changements simples. Les voici, traduits en gestes.

  • Masquez votre propre image. La plupart des logiciels le permettent, souvent par un clic sur votre vignette. Vérifiez votre cadrage au début, puis cachez-la.
  • Réduisez la fenêtre. Évitez le plein écran pour les réunions où vous écoutez : les visages seront moins grands.
  • Reculez. Avec un clavier séparé, ou une caméra posée plus loin, vous pouvez bouger un peu sans sortir du cadre.
  • Passez certains points au téléphone. Il suggère de faire de l'audio seul la règle pour une partie des appels.

L'INRS va dans le même sens quand il conseille de choisir entre téléphone, visio et messagerie selon le sujet. Pour le demander simplement : « Pour ce point, un appel suffit ? Je peux marcher en même temps, je serai plus concentré. » Et pour la caméra : « Je coupe ma caméra pendant la présentation, je la rallume pour les questions. »

Où se situe votre bascule ?

La jauge vous aide chaque jour : le matin, protéger votre énergie ; le soir, comprendre ce qui l'a vidée.

Découvrir la jauge →

Entre deux visios

Deux réunions collées ne laissent aucun sas. L'INRS recommande des pauses régulières pour reposer les yeux et bouger, par exemple cinq minutes toutes les heures. Il rappelle aussi qu'un écran regardé plusieurs heures d'affilée peut entraîner une fatigue visuelle.

Quand vous le pouvez, terminez vos réunions cinq minutes avant l'heure. Levez-vous. Regardez loin, par la fenêtre. Buvez un verre d'eau. L'article sur les façons de récupérer après une réunion propose d'autres gestes courts.

Les messages qui tombent toute la journée

À la maison, les sollicitations changent de forme. Une bulle de messagerie, un son, une vibration. Chacune vous oblige à vous demander si c'est urgent. Ce mécanisme ressemble à celui décrit dans l'article sur la saturation de fin de journée.

Deux réglages aident. D'abord, regroupez les notifications, ou coupez-les et ouvrez la messagerie à heures fixes. Ensuite, bloquez une ou deux plages « ne pas déranger » dans votre agenda et affichez-les dans votre statut. Vous répondez à tout, à vos heures.

Fermer la journée quand le bureau est dans le salon

L'INRS cite la porosité entre vie professionnelle et vie privée parmi les risques du télétravail, avec l'enchaînement de longues journées. Il conseille de fixer une heure de début et une heure de fin, de prendre une vraie pause déjeuner et, si possible, de travailler dans un espace à part.

La loi prévoit aussi un droit à la déconnexion. Selon l'INRS, l'article L. 2242-17 du Code du travail fait négocier ses modalités dans l'entreprise. Sans accord, l'employeur rédige une charte après avis du comité social et économique. Demandez aux ressources humaines si votre entreprise en a une, et ce qu'elle prévoit pour les messages du soir.

Chez vous, un geste suffit pour marquer la fin. Fermez l'ordinateur et rangez-le hors de vue. Changez de pull. Faites le tour du pâté de maisons. Faites-le tous les jours à la même heure.

Pour savoir ce qui vous aide vraiment, comparez deux semaines avec la jauge de 5 jours : la première sans rien changer, la seconde avec deux ou trois réglages. Si la fatigue dure malgré tout, parlez-en à votre médecin du travail ou à votre médecin traitant. En cas de détresse ou d'idées noires, le 3114 répond 24 h/24.

Le livre Hypersensible : le mode d'emploi du lundi matin revient sur la fin de journée dans son chapitre « Fermer la journée ». Il existe en broché et en Kindle.

Questions fréquentes

Pourquoi les visios fatiguent-elles autant ?

Le chercheur de Stanford Jeremy Bailenson avance quatre raisons. Des visages proches et votre propre image affichée en continu. Plus d'efforts pour lire les signaux, et un corps immobile. Il précise que ce sont des hypothèses encore à tester.

La fatigue du télétravail touche-t-elle plus les hypersensibles ?

Aucune étude sur ce point précis n'a été trouvée. Une étude de 2026 suggère que les signaux sociaux comptent davantage pour les personnes sensibles, mais elle a été menée en ville, pas en télétravail.

Masquer sa propre image en visio change-t-il quelque chose ?

C'est l'une des pistes proposées par Jeremy Bailenson, qui juge ce miroir permanent fatigant. Essayez une semaine et notez votre niveau d'énergie le soir pour voir l'effet chez vous.

Qu'est-ce que le droit à la déconnexion ?

C'est le droit de ne pas être connecté aux outils numériques du travail en dehors de son temps de travail. Ses modalités se négocient dans l'entreprise ou figurent dans une charte. Renseignez-vous auprès des ressources humaines ou des représentants du personnel.

Nos sources

Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un psychologue. Si vous êtes en détresse, le 3114 répond jour et nuit.

À lire ensuite

Dans la même veine